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La secrétaire d'Etat à la Famille Nadine Morano a chargé une commission rédiger un rapport d'ici juin sur les « bienfaits » et les « nouveaux dangers » des médias pour les enfants. Cette commission sera présidée par une ancienne membre du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, Agnès Vincent-Deray, et réunira « des pédopsychiatres, des sociologues, des représentants du monde de la radio, de la télévision et d’internet », a précisé le secrétariat d'Etat dans un communiqué. Le rapport « sur le thème Famille, Education, Médias » est attendu « d'ici à la mi-juin » et devra notamment « envisager comment valoriser ces extraordinaires outils de connaissance et d'ouverture sur le monde pour mieux apprendre aux jeunes à s'en servir ». Il devra aussi « élaborer un diagnostic sur l’ensemble des nouveaux dangers qui guettent l'enfant dans les médias audiovisuels » et « analyser » les conséquences pour les jeunes d'une « consommation excessive » de médias et de l'apparition « de véritables phénomènes de société comme les réseaux sociaux tels que Facebook ».

Cette information semble appeler quelques remarques très rapides. Tout d’abord, le contenu du rapport apparait comme relativement équilibré. Pour une des premières fois, on parle autant ou presque des bienfaits (considérés de fait comme scolaires essentiellement) que des dangers (non définis) des médias (qui c’est à noter ne sont plus nouveaux mais qui conservent leur aura de souffre). Pour autant, ce dont il s’agit, plus que de tenter de comprendre ce qu’ils sont et comment ils fonctionnent, est de valoriser ces « outils » pour « mieux apprendre aux jeunes à s’en servir », d’éviter une « consommation excessive» et d’analyser les conséquences pour les jeunes de ces « véritables phénomènes de société » (ce qui sous-entend qu’il en a pour eux et pas pour les adultes pourtant forts consommateurs de ces médias). Bref, une instrumentalisation sociale (et politique ?) sous une présentation d’apparence moderne, libérale et juste (quelle personne ne s’oppose pas à des dangers surtout lorsqu’ils sont affirmés en tant que tels et non définis). L’intention (peut-être inconsciente accordons le) est de réfléchir sur le contrôle des effets supposés ces médias, non pas sous forme de censure, on sait qu’elle est vaine, mais sous celle d’une maîtrise des usages, de l’élaboration de filtres et de l’édulcoration des effets des dits médias à l’aune de valeurs éducatives considérées comme sécurisantes et intangibles.

Mais ces médias sont, comme c’est le cas de la télévision, commerciaux. En cela ils ne s’opposent jamais aux imaginaires sociaux existants (dont font partie les dangers réels et supposés) et il n’est guère possible ni souhaitable de les encadrer plus qu’ils ne le sont. D’autre part, c’est le cas d’internet, ils sont autant des supports d’innovation sociale et technique et de savoir, échappant largement à leurs éditeurs et à tout contrôle familial et réglementaire ou presque (on sait que Facebook ou les SMS permettent de demeurer apparemment en famille alors qu'on est toujours dans son groupe personnel). La nouveauté dans la démarche de la secrétaire d’Etat, n’est plus dans une volonté de régulation des contenus, elle sait que c’est impossible. Alors, elle choisi de confier cette régulation (dénommée valorisation) aux citoyens eux-mêmes, estimant que ce pourra être bien plus efficace. C’est son choix, même s’il est totalement discutable voire erroné. Mais cela révèle une nouvelle fois un fait qui pose une des questions essentielles de notre société. Comme le dit Elisabeth Roudinesco : « une société qui voue un tel culte à la transparence, à la surveillance et à l'abolition de sa part maudite est une société perverse. »